August 23, 2014

New Interview (french) on SUD OUEST – Planete Surf

INTERVIEW Johanne Defay est de retour, cette semaine, à Seignosse pour le Swatch Girls Pro France (Star 6*, 20-24 août) où elle avait atteint la finale l’an passé, posant ainsi les fondations de sa future accession au Top 17. Cette année, la Réunionnaise débarque dans les Landes avec le statut affirmé de surfeuse de l’élite (elle est 10e ex aequo au classement du Women’s World Championship Tour) qu’elle compte bien conserver la saison prochaine et les suivantes. Elle le dit à Planète Surf.

Souvenez-vous, l’été dernier. Et plus précisément de ce 25 août 2013. Johanne Defay avait mis le feu au spot du Penon en s’adjugeant le Swatch Girls Pro Junior, décrochant ainsi le titre européen ASP de la catégorie, avant de se hisser en finale du Star 6* (perdue face à l’Américaine Courtney Conlogue). Une performance inattendue, même pour la Réunionnaise alors âgée de 19 ans, qui a servi de socle à sa qualification, quelques semaines plus tard, pour le Women’s World Championship Tour (WCT). Sans bénéficier – encore aujourd’hui – de l’appui indispensable d’un sponsor majeur, mais avec la foi – et toujours le sourire – d’une jeune fille, toute heureuse de vivre son rêve de gamine.

C’est avec le dossard de 10e mondiale (ex aequo) que Johanne Defay revient à Seignosse, cette semaine, pour prendre part à la 5e édition du Swatch Girls Pro France (20-24 août). Planète Surf l’a rencontrée ce lundi.

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PLANÈTE SURF : Quel(s) souvenir(s) gardes-tu du Swatch Girls Pro France de l’an passé ?

JOHANNE DEFAY : « J’en garde un super souvenir, ça c’est sûr. Cette semaine est passée tellement vite, c’était incroyable. Mais j’ai aussi la sensation d’avoir apprécié chaque moment de chaque journée. J’ai fait une très bonne compétition. J’étais venue sans attente particulière sur le Star 6*, j’étais plus concentrée sur le Junior où j’avais envie de bien faire. Finalement, j’ai atteint la finale du Star 6* face à Courtney Conlogue. Une finale géniale, avec de bonnes vagues. »

Ce résultat a largement contribué à ta qualification pour le Women’s World Tour.

« J’avais l’ambition de me qualifier depuis longtemps, mais ce n’était pas encore un réel objectif en 2013. Sauf qu’étant donné qu’il n’y avait pas beaucoup d’épreuves QS l’année dernière, après Seignosse, j’avais juste à assurer sur la compétition d’après et ça pouvait le faire. Mais même après le Swatch, je n’y pensais pas encore. Je me disais : en deux compétitions, ce n’est pas possible. Et puis finalement si ! Je ne m’y attendais vraiment pas, c’est arrivé comme ça. C’était une surprise même pour moi. »

Depuis cette saison, tu es donc une surfeuse du Top 17. Comment as-tu appréhendé ce “nouveau monde” ?

« Ça a été un peu dur au début. Déjà, j’ai passé deux mois – en décembre et janvier – à La Réunion dont un mois sans surfer à cause d’un cyclone qui a sévi en début d’année et l’eau était vraiment sale. Du coup, j’ai commencé la saison sans avoir pu m’entraîner pendant un mois. Bien sûr, j’ai pu faire du physique, du mental, mais pas de technique. Et puis, d’arriver dans ce monde tout d’un coup… »

(elle s’arrête et reprend en souriant)

« Tu te retrouves avec les casiers de Carissa (Moore), Steph (Gilmore) et Kelly (Slater) à côté du tien, tout le monde a ses habitudes, se connaît. Je me suis sentie toute petite, mais ça va de mieux en mieux, j’arrive désormais à faire la part des choses. Parfois, je me dis encore “waouh !”, mais je me sens maintenant totalement à ma place. J’aime bien l’idée d’arriver de cette façon, plus petite, sans toute l’attention tournée vers moi. Quand je vois Carissa et Stephanie être sollicitées à longueur de temps, je me dis que ça doit être compliqué à gérer. Il faut beaucoup de maturité et de préparation pour évoluer sur le CT (Women’s World Tour, NDLR). C’est très différent du circuit qualificatif (QS). Sur le Tour, toutes les filles ont une approche de la compétition vraiment professionnelle. On est très peu, les formats des contests sont différents, c’est beaucoup plus prestigieux et il y a beaucoup plus de monde autour. Je suis contente d’y appartenir cette année. »

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Johanne Defay lors du Swatch Girls Pro France 2013. Photo © Swatch / Poullenot

Quel regard portes-tu sur tes premiers mois dans l’élite ?

« Je me sens de mieux en mieux dans mon surf. En début d’année, suite à ce mois sans surf, j’ai raté le premier QS (à Manly, Australie, NDLR). Puis j’ai été éliminée dès ma deuxième série du suivant (à Newcastle, NDLR) avant d’entamer le Women’s World Tour par une défaite au 2e tour à Snapper Rocks. En fait, j’ai enchaîné les compétitions pendant quatre mois et quand tu n’obtiens pas forcément les résultats que tu espères, tu dois réussir à te remobiliser à chaque fois. Il faut reprendre confiance, c’est tout un travail de remotivation, toute une organisation et des ressources à avoir qui sont moins présentes en QS. Un temps d’adaptation est nécessaire. En enchaînant, je n’ai pas eu le temps de prendre ce recul, de me dire après une défaite : “c’est bon, ce n’est pas non plus la fin du monde”. »

« Au final, je suis allée aux Fidji (mi-mai, NDLR) une semaine avant le contest pour me préparer après Rio où ça ne s’était pas très bien passé pour moi et Bianca (Buitendag). Je voyage pas mal avec elle et on avait décidé d’avancer nos billets. On a passé une semaine là-bas tranquille, sans trop de monde encore de la compétition, ça m’a fait du bien. J’ai eu le temps de m’approprier la vague. C’était la première fois que j’y allais, c’était impressionnant. Une compétition de filles dans ce genre de grosses conditions, ça change. Le matin, tu n’as pas les mêmes sensations, tu ressens plus d’adrénaline. Ça a bien marché pour moi (elle a été quart de finaliste, son premier sur le Tour, NDLR), ça aide pour la confiance. Je suis ensuite rentrée chez moi à La Réunion. J’ai pu prendre plus de recul, revenir sur les détails qui avaient marché, pas marché. J’ai pu bien me préparer pour Huntington Beach où je suis contente d’avoir atteint les quarts dans des vagues pas terribles. »

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À Huntington Beach, fin juillet début août, Johanne Defay a atteint les quarts de finale du Women’s World Tour pour la seconde fois consécutive après les Fidji, en mai. Photo © Michael Lallande

Aujourd’hui, tu es classée au 10e rang ex aequo sur le WCT alors que tu es loin (39e) au classement qualificatif. Vas-tu tout miser sur le Tour ?

« Dans ma tête, depuis le début de l’année, c’est d’ailleurs l’un des facteurs qui fait que je ne marche pas trop sur le QS : je me suis dit que je voulais me requalifier en terminant dans le top 10 du Women’s World Tour. J’ai quand même fait les épreuves QS car ça aurait été bête de gâcher une deuxième chance. Mais bon, là on arrive à la fin et je suis loin au classement… Ça va dépendre de ce Swatch Girls Pro France : selon mon résultat, je verrai si j’enchaîne avec Pantín (dernier Star 6* de la saison, du 26 au 31 août, NDLR) ou pas. Car ça représente beaucoup de route, de fatigue, peut-être pour pas grand-chose. Si le résultat ne suit pas ici à Seignosse, je me préparerai plutôt pour Trestles (prochaine étape du Women’s World Tour, en Californie, du 9 au 20 septembre, NDLR). Le maintien, J’y crois. J’ai pris goût au WCT, vraiment. Je m’y sens bien. J’aimerais vraiment faire plusieurs années sur le Tour, sans avoir à trop batailler sur le QS. Cette année, c’est un peu la course entre les deux circuits. »

Qu’ont de plus que les autres filles du Top 17, Carissa Moore, Sally Fitzgibbons, Steph Gilmore et Tyler Wright, qui se partagent les victoires depuis plusieurs années ?

« Je pense que Carissa, Steph et Tyler ont vraiment un talent dominant. Sally est très travailleuse, tout est réglé. Elle se lève le matin, elle va faire son footing, sa session, sa sieste, ses abdos… Je les aime bien toutes car ce sont quatre personnes complètement différentes. Qu’ont-elles de plus ? (elle réfléchit) Ce sont toutes des bosseuses. Carissa, en plus d’être douée, travaille beaucoup. Stephanie, je l’admire. Tyler, elle est marrante, même si elle ne se mélange pas trop aux autres filles. »

Laquelle des quatre vois-tu devenir championne du monde cette saison ?

« Carissa (Moore). Je souhaite cependant que vienne le tour de Sally (Fitzgibbons, trois fois vice-championne du monde de 2010 à 2012, NDLR), tant de travail mérite d’être récompensé. J’aimerais un jour arriver à leur niveau. Ça va dépendre de plein de choses. Pour l’instant, je n’ai pas retrouvé de sponsor majeur, l’avenir est ainsi plus difficile à appréhender. Ce que je sais, c’est que je veux rester dans le CT un bon bout de temps, mettre un peu d’argent de côté et accumuler de l’expérience. »

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Johanne Defay, Swatch Girls Pro France 2013. Photo © Swatch / Poullenot

 

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